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Edouard Ferlet: attention leader!


L'Europe du jazz est en marche. Vous voulez du concret? l'invitation d'Edouard Ferlet, jeune et très talentueux pianiste de vingt-cinq ans, diplômé en 1992 de la Berklee, quatre musiciens venus des quatres coins du Vieux Continent se sont réunis à Paris pour créer ensemble une alchimie culturelle explosive."Au départ, il n'y a eu pas de ma part la volonté réfléchie de monter un "euroquintet", à vrai dire, c'est plutôt le fait du hasard et des rencontres. Dans le groupe, au tout début, outre Gary Brunton, contrebassiste anglais et Gregor Hilbe, batteur venu du Liechtenstein, il y avait François Theberge et Stéphane Belmondo. Mais vu leur emploi du temps trop chargé et, par voie de conséquence, leur peu de disponibilité, j'ai fait appel à Simon Spang-Hanssern Danois de Paris, et Claus Stötter. Depuis que ce merveilleux trompettiste allemand n'habite plus la capitale, je le remplace, lors de nos "gigs" dans les clubs parisiens qui ne peuvent jamais rembourser les frais de déplacement, soit par Serge Adam, soit par Lors Lindval, étonnant trompettiste suédois qui habite aujourd'hui Bâle et que j'ai connu la Berklee , A sa naissance, il y a déjà trois ans, le quintette d'Edouard Ferlet s'appelait Upper Space Groupe . Aujourd'hui, forçant sa modestie naturelle, il assume de se mettre en valeur. Comprenant que c'était lui le vrai leader du groupe, celui qui trouvait les engagements et composait tout le répertoire, il a enfin "osé" apposer son nom au quintette qu'il dirige, sans que son sens de la démocratie et de la convivialité en souffre. Car pour Ferlet, le jazz est une aventure collective qui n'a de raison d'être qu'à partir du moment où elle se partage dans la durée, en toute confiance, en toute amitié. L'important dans un groupe, c'est la libre circulation de la musique. " Quand on connaît intimement les musiciens avec qui on dialogue, on n'a jamais peur de se planter, de faire des erreurs ou de laisser des blancs. Parce qu'on sait dans l'instant qu'on respire la musique dans un même rythme. On tente tous les cinq de jouer ensemble comme si l'on était en trio. Avec la même qualité de réflexes, d'écoute et de présence. A chaque nouveau concert, on s'est donné pour règle de tester un morceau original. Je donne une partition finie, la plus exacte et la plus précise possible, telle que je l'entends. Mon grand bonheur, c'est d'être toujours surpris par la façon dont chacun des musiciens du quintette va apporter son idée singulière, imprévue, faire preuve d'initiative. J'aime ainsi la manière dont Simon en toute discrétion sans rien me dire, modifie au fil du jeu le thème que je lui propose. C'est pour cela qu'on ne répète pas trop le répertoire. Pour ne pas perdre la fraîcheur d'inspiration. Si un morceau ne marche pas, on l'abandonne très vite pour passer à un autre. Pour reprendre l'épithète d'Arnaud Merlin (dans sa chronique du disque, voir Jazzman n' 24, avril 1997), l'entreprise d'Edouard Ferlet est sacrément "culottée". L'audace et l'originalité, c'est ici et maintenant.

Pascal Anquetil