JAZZ MAN "ZAZIMUT"
-MARS 1999 POUR**** / CONTRE**
**** (POUR !)
Depuis ses premières prestations en trio avec Gary Brunton et Gregor Hilbe,
l'univers du pianiste Edouard Ferlet ne cesse de s'épanouir. Hilbe parti
vers d'autres aventures, c'est François Verly qui prend sa place à la batterie
et que l'on redécouvre, plus précis dans l'intention musicale
qu'il ne l'a jamais été. Brunton, qui nous avait semblé
tardé à se trouver, est désormais l'un des contrebassistes français
sur qui l'on peut compter. Et Ferlet se départit définitivement
d'un petit côté fort en thème qui avait pu l'affecter aux yeux de certains.
Ce deuxième quintette confirme combien sa musique a gagné en espace et
en fantaisie en se confrontant à l'expérience orchestrale, offrant une
véritable alternative poétique entre les académismes de
tous bords. Pour ce faire, il s'est tourné vers les bonnes personnes:
Christophe Monniot qui confirme avec cette première vraie contribution discographique
les éloges notre numéro de janvier; Médéric Colignon
dont les qualités instrumentales sur le bugle et le cornet de poche sont
ici mises en avant, alors que l'on avait jusqu'ici plutôt prêté attention
à des qualités vocales parfois fort réductrices. Celles-ci et
les divers jouets sonores que Colignon garde à portée de main trouvent
tantôt leur place dans la musicalité d'ensemble, tantôt participe d'une
tendance à la dispersion qui pèse ici et là sur certaines compositions. Ailleurs,
c'est un vrai collectif d'improvisateurs qui se rassemble sur des climats et
des architectures fort captivantes.
Franck Bergerot
** (CONTRE !)
Cet album présente un sextette dirigé par le pianiste Edouard
Ferlet comprenant plusieurs jeunes instrumentistes à la notoriété
grandissante, notamment Christophe Monniot aux saxophones et Méderic
Collignon au cornet de poche,, au bugle et au chant. A l'exception d'A Il the
Things You Are, traité sur le mode d'un fascinant vagabondage harmonique,
tous les thèmes sont signés d'Edouard Ferlet. Les arrangements bien que
souvent ambitieux sont toujours impeccablement exécutés. L'ensemble
souffre toutefois d'un défaut important dans la mesure où la complexité
d'un arrangement, la variété de ses effets (y compris de bruitage)
ne peuvent à elles seules tenir lieu de projet musical. Or, à en juger par le
caractère trop délayé de certaines interprétations, Microwave
par exemple, ou la recherche de l'inouï comme dans Décape, on quitte
définitivement le terrain du jazz et de ses abords pour une musique qu'on
dirait d'ambiance si ses procédés de composition étaient
moins compliqués. L'album présente lui-même une alternative à
cet excès de formalisme avec des thèmes caractérisés par une intégration
plus aboutie des solos à l'arrangement : Capitaine Croche ou Share Music en
sont d'assez bons exemples. En définitive, Edouard Ferlet se trouve confronté
à l'un des plus anciens défis du jazz: celui de déterminer un
équilibre entre l'écrit et l'improvisé dont les frontières
sont cependant devenues bien fluctuantes.
Stéphane Carini